Association Unis Pour la France

La France, ce pays qui n’aimait pas l’argent

23 Février 2017, 14:20pm

Publié par UPF

La France, ce pays qui n’aimait pas l’argent

À droite comme à gauche, la réussite financière est mal vue en France. Tentative d’explication de ce mépris qui perdure…

 

Vous l’avez forcément observé : les seuls chefs d’entreprise qui trouvent grâce aux yeux des médias sont les petits patrons “qui ne se paient pas à la fin du mois”. Si, si : au journal de 20 heures, le patron exemplaire est toujours pauvre… Les Français ont un problème avec la réussite, l’argent, le profit, la richesse. Dans les années 1970, Mitterrand fustigeait « l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui tue, l’argent qui ruine et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes » ! Pour la présidentielle de 2007, Hollande l’imita prudemment : « Je n’aime pas les riches, je n’aime pas les riches, j’en conviens. » Que cette démagogie antifric affecte la gauche est compréhensible — j’allais dire “excusable”. Mais ce qui est étrange, c’est que le goût de l’argent est aussi jugé vulgaire à droite. J’aime prendre l’exemple de mon ami Denis Tillinac. Il écrivait récemment : « J’attends le premier politique de droite qui osera dire aux jeunes qu’il y a une façon plus noble d’aborder son destin que de gagner de l’argent. » Pas d’inquiétude, Denis, une partie de la droite française affectera toujours de mépriser les “parvenus”, ces prolos qui ont eu l’inélégance de s’enrichir…

« Si à 50 ans on n’a pas une Rolex, on a raté sa vie ! »

Question : d’où vient le problème ? Réponse : du catholicisme, de la Révolution française (et son tropisme égalitariste), du marxisme, du syndicalisme à la française, de Mai 68 et… de l’aristocratique mépris gaullien pour le profit : « Je n’aime pas les communistes parce qu’ils sont communistes, je n’aime pas les socialistes parce qu’ils ne sont pas socialistes et je n’aime pas les miens parce qu’ils aiment trop l’argent », disait le Général (placer le communisme et l’argent sur le même plan, quand le communisme a tué environ 90 millions d’individus au XXe siècle…).

Fin 2015, un sondage Harris Interactive classait les 25 Français les plus détestés. On y trouvait Dieudonné, Nabilla, Valérie Trierweiler, Éric Zemmour, François Hollande, Cyril Hanouna… et plus étrange : Jacques Séguéla ! En fait, on se souvient de la déclaration du publicitaire : « Si à 50 ans on n’a pas une Rolex, on a raté sa vie ! » La médiasphère n’apprécia pas. Séguéla fut contraint de s’excuser au Grand Journal de Canal Plus, tel Galilée devant le tribunal de l’Inquisition : « C’est la plus belle connerie de ma carrière. Si j’ai choqué, je suis absolument désolé. » On croit rêver ! Pour mieux expier sa faute, le publicitaire acheta quelques semaines plus tard une Rolex et la mit aux enchères dans une vente de bienfaisance… Mal aimé pour sa réussite financière, le producteur de télévision Arthur déclarait récemment : « En France, beaucoup attendent le jour où j’aurai un genou à terre. On me fait payer l’arrogance du succès. » On se souvient du « Casse-toi, riche con ! » adressé par Libération à Bernard Arnault, ou de Jean-Luc Mélenchon qui tonnait : « Les riches, les importants, les puissants n’ont d’autre patrie que l’argent. […] Ces gens sont des parasites. » Ou d’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie de François Hollande, qui avait suscité la consternation en lançant : « Il faut de jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires ! »

« La France a toujours cru que l’égalité consiste à trancher ce qui dépasse »

Aucun pays n’éprouve pareille aversion pour ceux qui se sont élevés socialement. D’ailleurs, le thème de la réussite vulgaire est omniprésent dans la culture française comme dans la littérature balzacienne. Nous aimons détester Rastignac, ce jeune provincial ambitieux (inspiré par Adolphe Thiers), prêt à tout pour s’enrichir. Nous vomissons les “spéculateurs”, déjà violemment conspués par Émile Zola dans l’Argent.

On a souvent cherché à expliquer l’hostilité des Français à l’égard de l’argent par l’influence de la culture catholique et sa condamnation du prêt à intérêt. Il suffit pourtant de se rendre en Autriche, en Belgique, au Luxembourg ou en Irlande, pays à la fois catholiques et libéraux, pour constater l’impasse de cet argument…

Comme l’a affirmé Jean Cocteau lors de son discours de réception à l’Académie française : « La France a toujours cru que l’égalité consiste à trancher ce qui dépasse. »

 

ERIC BRUNET pour valeursactuelles.com

 

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